La brigade Marocaine

Une bravoure légendaire...

Le 5 septembre 1914, en quelques heures de combats, elle perd plus d'un millier d'hommes !
Contrainte de se replier, elle contribua cependant par son courage, à briser l’avance allemande sur Paris.


C’est en 1912 que le Général Moinier, alors commandant des troupes françaises au Maroc, organise, à partir des troupes auxiliaires marocaines, les premiers régiments de tirailleurs. 

Ils sont prioritairement employés à la pacification du Maroc.

À la déclaration de guerre, cette Brigade s’appelle exactement la Brigade des Chasseurs Indigènes à Pied

En effet, le Maroc, sous protectorat français, depuis la convention de Fès du 30 mars 1912, n’était pas encore officiellement en guerre.
 
Le 13 août 1914 : 5 bataillons sont envoyés en France, constitué en 2 régiments formant la Brigade marocaine, au total 4.338 soldats et officiers.
  
Le 16 août 1914 : la Brigade Marocaine débarque dans le port de Sète.

Le lendemain, elle est transférée à Bordeaux.

Entre le 22 et le 24 août 1914 : elle est dirigée par chemin de fer, au camp militaire de Châlons-en-Champagne.
 
Entre le 26 et le 28 août : elle est positionnée à Longueau, à 1 km à l’Ouest d’Amiens.

Entre le 29 août et le 3 septembre : retraite devant l’avance allemande, par Clermont et Senlis, vers Paris.

Le 4 septembre : la Brigade marocaine bivouaque à Saint-Mesmes, dans la plaine briarde.
 
Le 5 septembre 1914 :

Entre 14h00 et 17h00 : devant Neufmontiers, faisant partie de la 6e Armée française, les deux régiments de la Brigade Marocaine du général Ditte, après avoir dévalé les pentes du ru de Rutel, doivent attaquer, sans l’appui de l’artillerie, ni de mitrailleuses, les flancs de la colline du bois du Télégraphe, mamelon situé entre Neufmontiers et Penchard. 

En gravissant les pentes de l’objectif, les 2 régiments de tirailleurs marocains sont pris par le feu intense de l’ennemi. Les officiers et sous-officiers, chargeant en avant, sont fauchés par les balles ennemies. 

Dans cette Brigade Marocaine, le lieutenant Alphonse Juin (26 ans) combat dans le 2e régiment, commandé par le chef de bataillon Henri Poeymirau.
 
Pour leur baptême du feu en France, les tirailleurs marocains ont subi d’énormes pertes !

Blessé marocain ramené par ses camarades lors de la bataille de la Marne 1914
Source : MGG

L’assaut sur Penchard et le bois du Télégraphe a échoué, c’est la retraite forcée. Les rescapés de la Brigade Marocaine doivent se replier sur Villeroy et Charny. Sur le terrain c'est un véritable massacre, chez les officiers 9 tués et 18 blessés et 1.150 hommes tués, blessés ou disparus ! !

Les blessés qui pourront être évacués, seront dirigés et soignés sur Charny, le collège de Juilly, Claye-Souilly et Torcy.

Blessé marocain ramené à Neufmontiers
Source : MGG

Les tués de la Brigade Marocaine, seront inhumés individuellement sur le champ de bataille.

En février 1920, les tombes seront rassemblées dans un cimetière provisoire, au pied de la colline du bois du Télégraphe.

Les soldats de cette Brigade Marocaine partirent précipitamment du Maroc, sans avoir de plaque d’identité, ce qui explique le nombre important de soldats enterrés et restés inconnus, à de rares exceptions près. 

En mai 1924, tous les corps des tirailleurs marocains seront transférés dans l’ossuaire D du cimetière militaire national français de Chambry.

Tirailleurs marocains soignant un blessé allemand près de Villeroy
Source : MGG

Le 6 septembre 1914 :

Entre 6h00 et 7h00 du matin, arrivant de Charny et de Villeroy, où les rescapés de la Brigade Ditte s’étaient repliés, après les combats meurtriers de la veille, les premiers tirailleurs marocains occupent le village de Neufmontiers, abandonné cette nuit, par les Allemands.

Du village de Neufmontiers, les tirailleurs marocains prennent la direction Est, objectif : le village de Chambry et les hauteurs de la Marne.

10h00 : Chambry : Les derniers Allemands en arrière-garde, ont évacué dans la matinée la partie Nord du village, notamment autour du cimetière. 

Le 1er Régiment de la Brigade Marocaine tente de progresser du cimetière, vers les lignes allemandes, mais l’artillerie et les mitrailleuses ennemies répondent avec vigueur. L’attaque française échoue, les pertes sont importantes.

Le 2e régiment marocain, situé en 2e ligne, subira aussi des pertes sensibles.

Dans l’après-midi à Chambry, les tirailleurs marocains après leurs assauts infructueux devant le cimetière du village, l’utilisent comme fortin, malgré le bombardement intensif allemand.

Dans la soirée, les tirailleurs marocains se replieront sur Penchard.

 

La Brigade Marocaine durement éprouvée la veille, subira encore d’autres pertes, et notamment le 11 septembre 1914, lors de la retraite de l’armée allemande, dans le secteur de Soissons, avec les rudes combats dans le village de Chaudun et le 16 septembre, sur la crête de Crouy-sur-Aisne, près de Soissons. 

Le 22 septembre 1914, en raison de ses lourdes pertes, la Brigade de Chasseurs Indigènes à Pied, dite Brigade Marocaine, réduite à 700 hommes, sera dissoute, pour devenir officiellement le 1er Régiment de Tirailleurs Marocains.

Historique du 1er Régiment de Tirailleurs Marocains :

  • En janvier 1915, sur le front de l’Aisne, le régiment est engagé dans la bataille de Soissons. 
  • En mars 1915, à l’attaque de la butte du Mesnil, à l’Est de Reims, il perd 1.200 hommes 
  • En avril-mai 1915, combats en Argonne (tranchée de Calonne), puis en Artois.  
  • Le 6 octobre 1915, sur le front de Champagne, à l’attaque de Sommepy-Tahure, à l’Est de Reims, 33 officiers et 1.400 hommes sont tués. 
  • Fin avril 1916, réorganisé, le régiment est envoyé sur la Meuse, à Verdun.
  • 22-24 mai 1916 : un des bataillons participe à la première prise du fort de Douaumont
  • Dans la nuit du 15 au 16 avril 1917, il participe à l’offensive du Chemin des Dames : Il garde sa position pendant 25 jours avant d’être relevé. 
  • Juin-juillet 1918, il participe à des actions de reconquêtes, au Nord de Villers-Cotterêts. 
  • Août 1918, il est sur le front de Somme, à l’Est d’Amiens.
  • 30 septembre 1918, sur le front de Champagne, à l’Est de Reims, le régiment subit des pertes énormes : 600 hommes et 22 officiers
  • 19-30 octobre 1918, en première ligne, sur le front de l’Oise, au sud de Guise
  • 11 novembre 1918, jour de l’armistice, le régiment est à Chauny, dans l’Aisne.


Au cours de la Grande Guerre, l’Armée d’Afrique a envoyé en métropole : 37.000 Marocains.

  • Les troupes coloniales (Afrique, Asie, Océanie) ont représenté 7% de l’Armée française.
  • Le taux de mortalité moyen dans l’Armée française a été de 16,5%, celui des troupes coloniales de 13,4%.
  • Les plus meurtris ont été les soldats marocains, 26,6%, taux comparable aux combattants bretons.

Alphonse Juin (1888-1967)

Le lieutenant Juin a été condisciple à l’école militaire de Saint-Cyr, d’un autre lieutenant : Charles de Gaulle. Pour l’anecdote, il sera le seul au cours de sa vie, à le tutoyer…

Juin, général d’Armée, pendant la deuxième guerre mondiale, participera à la libération de l’Italie.

Le 8 mai 1952, il est élevé à la dignité de Maréchal de France.

C’est seulement en 1983 qu’un monument sera inauguré à Paris, place d’Italie.

En 1984, à Beauvais, proche de la cathédrale, pour le 40e anniversaire de la Libération, a été inauguré un carré, formé de quatre statues : Juin est représenté avec les derniers maréchaux de France, mais eux, par rapport à lui, l’ont été, à titre posthume : Leclercq, de Lattre de Tassigny et Koenig. 

Alphonse Juin est le dernier Maréchal de France à avoir être inhumé aux Invalides à Paris, en 1967.


Penchard

À la mairie : plaque commémorative de ce lieu qui servit d’ambulance et de P.C. au général Ditte de la Brigade marocaine et du général Drude de la 45e Division algérienne. 

Au cimetière : plaque commémorative à la mémoire de la Brigade marocaine.
(Ces deux plaques ont été inaugurées le 8 septembre 2018, en présence de l’ambassadeur du Maroc). 


Chauconin Neufmontiers

Samedi 16 septembre 2017 : Inauguration de la stèle en hommage à la brigade marocaine, en présence de l’ambassadeur du Maroc

« À la mémoire des soldats de la brigade marocaines qui ont combattu en ces lieux le 5 septembre 1914 »

 

À l'orée du bois du Télégraphe

La tombe du capitaine Guy Hugot-Derville, enterré selon sa volonté, à l'endroit où la mort le frapperait. La famille Hugot-Derville fera ériger, sur la tombe, symbolisant un calvaire, une croix, en granit de Bretagne, pays de ses origines (Concarneau). Au bas de la croix, une plaque est apposée à la mémoire de ses deux jeunes frères, tous deux lieutenants, et morts pour la France.

 

Le bois du Télégraphe : cimetière allemand !  

L’origine du nom de ce bois, appelé aussi Butte de Montassis, vient de l’implantation d’une tour de télégraphe Chappe, construite en 1797 et détruite en 1848. 

Le 8 décembre 1943, à Melun, le délégué spécial du Führer Adolf Hitler, choisit le terrain boisé situé sur la hauteur de Penchard, pour l’aménagement d’un cimetière militaire allemand définitif. 

Un état parcellaire et un plan d’aménagement est établi, avec allées, monument et tour, et route de Neufmontiers détournée, si besoin. 

Le site ayant pour but de dominer la plaine vers Paris.

Les Alliés ayant débarqué en juin 1944 sur les côtes normandes, le projet ne pût être réalisé…