La première bataille de la Marne

Une victoire décisive

Tandis que les armées alliées se replient, les armées allemandes infléchissent leur marche sur Paris en contournant la capitale par l'est. Joffre veut profiter de cette occasion pour attaquer leur flanc à découvert et ordonne une contre-attaque générale le 6 septembre. Sur un front de 300 km qui s'étend de Paris à Verdun, c'est le début de la bataille de la Marne. Contre toute attente, alors que les soldats alliés sont épuisés, les Allemands battent en retraite, le front reculant vers le nord. Paris est sauvée, c'est la victoire de la Marne.

 

La 1ère Bataille de la Marne oppose, sur un front allant d'Ouest en Est, côté allemand, la 1ère armée du Général Von Kluck, la IIe armée du Général Von Bülow, la IIIe armée du Général Von Hausen, la IVe armée du Général Albrecht Von Wurtemberg et la Ve Armée du Kronprinz.

Côté alliés, la 6e armée française du Général Maunoury, le Corps Expéditionnaire Britannique du Maréchal French, la 5e armée française du Général Franchet d'Esperey, la 9e armée française du Général Foch, la 4e armée française du Général De Langle de Cary et la 3e armée française du Général Sarrail.
Il s’agit des 5 théâtres d’opération de l’offensive de la Marne (Bataille de l’Ourcq – Bataille des 2 Morins – Bataille des Marais de Saint Gond – Bataille de Champagne ou de Vitry – Bataille de la Meuse ou de Revigny).

Portraits sur cartes postales de Maunoury, French et Franchet d'Esperey
Cartes postales. Portraits du Général Maunoury, du Maréchal French et du Général Franchet D'Esperey (source : MGG)
Cartes postales- portraits de Sarrail et de Langle de Cary
Cartes postales. Portraits du Général Sarrail et du Général de Langle de Cary (source : MGG)

 

Au soir du 10 septembre 1914, à l’heure de la victoire de la Marne, le général Maunoury rappellera dans son message adressé à la 6e Armée française, qu’il commandait : « … Les pertes ont dépassé tout ce que l’on pouvait imaginer… ».

Illustration de l'allégorie de la victoire : Femme ailée coiffée d'un bonnet phrygien brandissant une épée. Scène de guerre en arrière-plan.
Collection Musée de la Grande Guerre

 

Estimation des forces, qui de Meaux à Verdun, ont combattu sur l’ensemble de la Bataille de la Marne :

  • Armées françaises :  760.000 hommes
  • Armées allemandes : 680.000 hommes
  • Selon les archives françaises, au cours de cette bataille, les pertes se seraient élevées au cours du mois de septembre 1914 uniquement : (ces chiffres doivent être pris avec beaucoup de précaution…)
  • Armée française : 21.000 tués, 111.363 blessés, 83.409 disparus.
  • (Disparu en terme militaire signifie : n’est pas réapparu à son unité et dont la cause de la disparition n’a eu aucun témoin, soit donc prisonnier, tué ou blessé).
  • Du côté allemand, l’estimation des pertes serait de : 43.000 tués, 173.000 blessés, 40.000 disparus.
  • Pour le Corps expéditionnaire britannique : 500 tués, 1.200 blessé ou disparus.
Affiche du gouvernement militaire sous Galliéni
Collection Musée de la Grande Guerre

5 septembre

Devant Paris, la 1ère armée allemande surprise par l'attaque de l'armée de Maunoury dans la région de l'Ourcq tente de se garantir sur son flanc attaqué.
 

6 septembre

Les ordres de Joffre sont parvenus aux différentes armées : de Paris à Verdun les troupes franco-anglaises cessent de retraiter et repartent à l’assaut.


ORDRE DU JOUR DU 6 SEPTEMBRE 1914
Message téléphoné aux armées et communiqué à la mission française près de l'armée anglaise, à Melun.


Au moment où s'engage une bataille dont dépend le sort du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière ; tous les efforts doivent être employés à attaquer et refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place, plutôt que reculer.
Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée.
J. JOFFRE

Message du Général Joffre aux armées du 6 septembre 1914 à 9h
Message du Général Joffre aux armées (Source : MGG)

Sur plus de 300 km les combats sont violents et incertains. Sur l'Ourcq, l'armée Maunoury résiste difficilement à la pression allemande, mais les Britanniques profitent d'un espace resté libre entre la 1ère armée de Von Kluck et la Il° de Von Bulow pour commencer à s'infiltrer dans la brèche. Au centre gauche, Franchet d'Esperey pousse vigoureusement ses troupes vers le nord. Devant Sézanne, la 9e armée commandée par le général Foch est repoussée au sud des marais de Saint-Gond. La 4e armée de Langle de Cary s'efforce de contenir la ruée allemande et la 3e armée de Sarrail qui devait attaquer le flanc gauche de la Ve armée allemande, commandée par le Kronprinz (fils de l’empereur Guillaume II), se trouve durement attaquée. Elle ne peut que s'accrocher au terrain.

 

7 septembre

Von Kluck, pour maintenir l'armée britannique, prélève des unités qui se trouvaient devant l'armée de Franchet d'Esperey ; ce dernier en profite pour accentuer sa poussée vers le nord. Devant Foch, l'armée allemande très menacée sur son aile droite riposte en essayant de rompre le centre du dispositif français. Les combats sont acharnés et la lutte incertaine, mais le soir, la 9e armée n'a pas cédé beaucoup de terrain. La 4e armée est confrontée à la même poussée violente et des signes d'affaiblissement apparaissent. La 3e armée de Sarrail est attaquée par des forces très supérieures en nombre et doit également se garantir contre des forces ennemies qui, traversant la Meuse, pourraient la prendre à revers.
 

8 septembre

L'aile gauche de Franchet d'Esperey continue la poursuite, alors que sur son aile droite il appuie l'armée de Foch toujours très attaquée.
Le recul de l'armée Von Kluck découvre de plus en plus l’armée Von Bulow. Pour rétablir une situation qui devient critique, les Allemands doivent enfoncer le front devant Foch. Le soir, la 9° armée est refoulée à sa gauche et très éprouvée à sa droite. Les pertes sont considérables mais Foch est conscient de ce qu'il y a de désespéré dans les attaques allemandes. Il reforme ses troupes décimées et reprend l'offensive. L'armée de Langle de Cary subit les effets de la poussée allemande mettant la liaison des armées françaises, au centre, en grand péril. Quant à Sarrail, il doit résister à l'acharnement des troupes du Kronprinz. Ce dernier tente d'obtenir la rupture de la charnière qui existe entre les 4e et 3e armées dans la région de Revigny. Il espère également prendre Sarrail à revers, en perçant les défenses des Hauts-de-Meuse, entre Verdun et Saint-Mihiel. Dans ce cas, le général français, encerclé, serait réduit à capituler. Mais l'énergie et la résistance françaises contrarient la manœuvre allemande.

Carte du 8 septembre 1914
Source : MGG

9 septembre

Sous la poussée alliée, Von Kluck vient de repasser derrière la Marne. Le repli de 40 km découvre dangereusement l'armée Von Bulow qui doit rompre à son tour, pressée par les troupes de Franchet d'Esperey. Celui-ci, sur sa gauche, continue de soutenir la 9e armée de Foch. Pour Foch, cette journée voit les plus violentes attaques allemandes contre son front. Et elles sont à la limite de réussir. Mais les manœuvres combinées de Foch et de Franchet rétablissent la situation. Le soir, le général Von Hausen de la Ill° armée allemande se voit contraint à son tour de suivre le recul de son voisin, Von Bulow. Les deux généraux donnent l'ordre de la retraite. Sur le front de l'armée de Langle de Cary, la 4e armée fournit à sa gauche une aide puissante aux troupes de Foch, mais subit en son centre et à sa droite des attaques incessantes. Elle doit résister pour maintenir difficilement ses positions. Plus à l'est, Sarrail, toujours confronté à une situation délicate, reste cramponné au camp retranché de Verdun. Sa position restera tenable si les Allemands ne parviennent pas à franchir la Meuse.
 

10 septembre

Pour la 5e armée de Franchet la poursuite continue. Elle est ralentie par des combats d'arrière-garde, mais son 18e corps parvient à traverser la Marne à Château-Thierry. Devant les troupes de Foch, les Allemands qui ont débuté leur mouvement de repli, luttent pour que celui-ci ne se transforme pas en déroute. Sous la contrainte, le mouvement de retraite des armées allemandes s'étend graduellement devant la 4e armée française de Langle de Cary qui précipite les événements. Malgré des pluies violentes, il impose à ses troupes, pourtant épuisées, de reprendre l’offensive. Du coté de Sarrail, les hauts de Meuse tiennent toujours. Mais il subit encore de violentes attaques à sa jonction avec l'armée de Langle de Cary.
 

Du 11 au 14 septembre.

La 6e armée Maunoury étend son action vers Soissons. Sur le front de la 5e armée de Franchet d'Esperey, la poursuite continue.
La 9e armée laisse les marais de Saint-Gond en arrière et talonne l'adversaire en direction de la montagne de Reims. La 4e armée de Langle de Cary poursuit une avancée victorieuse en direction des Monts de Champagne et de la forêt d'Argonne. Son mouvement est accéléré par le recul de l'armée du duc de Wurtemberg qui doit pour se protéger et se couvrir, rompre à son tour. Ce recul rend précaire la situation de l'armée du Kronprinz et, malgré les succès locaux du 10, le fils de l'empereur est contraint, lui aussi, d'ordonner et d'échelonner son repli. 
 
Pendant deux mois les adversaires vont alors tenter de se déborder. 
Cette éprouvante et très meurtrière course à la mer va se terminer en décembre sur les rivages de la mer du Nord. La Guerre des tranchées commence.

Carte du 11 septembre 1914
Source : MGG

 

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