L'armée française en 1914

L’armée française dans la Bataille de la Marne

Une doctrine meurtrière, un équipement peu adapté

La guerre sera courte, l’État-major de Joffre se basait sur une campagne de guerre de trois mois, au maximum. 
Le patriotisme est affiché tant au niveau des officiers, que des soldats.
Le dogme de la stratégie militaire française se résume simplement ainsi :
L’offensive à outrance ! Une doctrine meurtrière...

Début août 1914, les appelés français, soldats et réservistes embarquent dans les trains de la mobilisation.

La confiance règne dans l’esprit des officiers.  On va prendre notre revanche sur la défaite de 1871. Reprendre les provinces perdues de l’Alsace et de la Lorraine ! Nous serons rentrés à la saison des vendanges ! 

Ils sont résolus pour la très grande majorité d’entre eux, à en découdre, une fois pour toute.

La guerre sera courte, l’État-major de Joffre se basait sur une campagne de guerre de trois mois, au maximum.

Le patriotisme est affiché tant au niveau des officiers, que des soldats.

Deport et Sainte Claire Deville : les inventeurs du merveilleux canon français.
Carte postale - Don BHVP

Le dogme de la stratégie militaire française se résume simplement ainsi : L’offensive à outrance !

Tout scepticisme est considéré comme un manque d’allant ou de cran.

Règlement d’infanterie française du 20 avril 1914 :
Article 129 : 
S’arrêter sans ordre, quelle que soit la violence du feu de l’ennemi, est une lâcheté.  
Reculer est un déshonneur.

Article 313 : 
L’attaque implique de la part de tous les combattants la volonté de mettre l’ennemi hors de combat, en l’abordant corps à corps, à la baïonnette.

Discipline du feu pour les soldats
Source : MGG

Un règlement suicidaire…

Voilà ce qu’est l’offensive à outrance : des soldats résolus, baïonnette au canon, capote bleue et pantalon rouge, avançant au son du clairon, drapeaux déployés en tête, les officiers devant eux, gants blancs, sabre et revolver, chargeant et dirigeant l’attaque. 

Représentation de la Bataille de la Marne
Source : MGG
L'armée française lors de la bataille de la Marne
Source : MGG
Soldats lors de la bataille de la Marne
Source : MGG

Mais sans appui préalable de mitrailleuses ou de l’artillerie, cette théorie va se révéler très meurtrière…

Du côté français, pour les pertes, on n’est pas encore à prendre en compte en priorité, la vie des soldats et officiers…

On ne renonce pas à un mouvement, sous prétexte d’économie d’effectifs.

Il faut aboutir à tout prix ! Se défendre à tout prix !

Se faire tuer, plutôt que de reculer ! Peu importe le coût humain…

Pour la France, après 5 mois de combats, l’année 1914 sera la période la plus meurtrière de toute la guerre, plus de 300.000 morts !

 

L'équipement de l'armée française pendant la bataille de la Marne :

Les uniformes des fantassins français qui se différencient peu de la guerre de 1870, sont rutilants : capote bleue, pantalon rouge garance, képi rouge recouvert d’un manchon bleu pour le combat, et aux pieds : brodequins ou godillots avec guêtres en cuir noir à lacets, serrant le bas du pantalon.

Fantassin
Source : MGG
Soldats français lors de la bataille de la Marne
Source : MGG
Soldats français lors de la bataille de la Marne
Source : MGG

Ils sont beaux, ils sont fiers nos soldats, mais ils se repèrent, comme des cibles au milieu des champs.

Quant à la cavalerie française, avec ses cuirassiers, dragons et hussards armés de lance, véritable survivance des guerres napoléoniennes, elle semble désuète face au combat moderne.

En 1911, des tentatives de modernisation de l’uniforme du fantassin avaient été tentées. 

Elles sont refusées par la Chambre des Députés. 

Il faut conserver le bleu et le rouge patriotique !

En 1913 le général Gallieni prévenait : « Les képis et les pantalons rouges sont trop visibles, il faut du kaki ».

Ce n’est qu’à partir d’avril 1915, que le drap gris bleu de l’uniforme, sera progressivement mis en service : la fameuse tenue bleu horizon.

Les soldats français, eux, protégeront leur tête des shrapnels (des obus remplis d’environ 250 billes de plomb) et des éclats d’obus, avec leur musette ou leur gamelle. Plus tard, les industriels français fabriqueront une calotte métallique ronde : la cervelière, à mettre au fond du képi. 

Celle-ci sera distribuée à partir de décembre 1914, à 700.000 exemplaires.

Quand le Président de la République, Raymond Poincaré, demandera au général Joffre, chef des armées françaises « Pourquoi les soldats n’ont pas de casque ? ».

Joffre lui répondra : « A quoi bon ? On tordra les boches avant que les casques commandés n’arrivent ».

Ce n’est qu’à partir de juillet 1915 seulement, que les soldats français commenceront à être équipés, du casque en acier doux, doublé cuir, protégeant le front et la nuque, le fameux casque Adrian. 

Casque Adrian
Source : MGG

Il faudra attendre plus d’une année après le début de la guerre, pour que tous les soldats en soient équipés !!

En novembre 1915, près de 2 millions de casques auront été fournis aux troupes françaises. Le pourcentage de décès par blessures à la tête diminuera de moitié !

En plus de son uniforme très visible, le fantassin français est chargé comme un baudet.

Dans sa tenue de campagne, il transporte un sac à dos, lourd de 20 kg, le “barda” ou l’as de carreau.

Dans ce sac en cuir noir souple, monté sur un cadre rigide en bois, il y a deux journées de vivres, une veste de drap, un couvre-pieds de laine, une deuxième paire de brodequins cloutés, dits de repos, des piquets et une toile de tente dont on ne sert jamais, et enfin l’outil industriel : la pelle-bêche ou pioche.

Sac à dos des soldats
Source : MGG
Contenu des sacs à dos des soldats
Source : MGG

De plus, lors de l’incorporation, le soldat emporte avec lui des couverts, un nécessaire à couture, un caleçon, une lanterne pliable, une montre bracelet, une cravate, une chemise, un ouvre-boîte, un rasoir, un mouchoir, une ceinture de flanelle et un porte-bonheur…

Il faut ajouter aussi, le bidon d’un litre, la gamelle et la musette en bandoulière, généralement bondée.

Le fantassin français porte au côté, le fusil Lebel avec la baïonnette, l’ensemble pesant 5 kg et enfin 3 cartouchières en cuir noirci, contenant au total 120 cartouches.

Fusil M736
Source : MGG

Après « la Bataille des Frontières », en août 1914, au cours de la retraite, sous une chaleur accablante, les soldats français parcourront à pied, des étapes de 30 à 40 km, parfois même, pour certaines unités, près de 50 km par jour.

Ils s’étaient repliés avec courage.

Démoralisés, harassés, mal ravitaillés, dormant peu, et talonnés par l’ennemi, ils avaient néanmoins marché sans hésiter…

La retraite fatigue plus que la victoire.
Pendant la Bataille de la Marne, même exténués, ils vont prouver leur vaillance !

Soldat à Chauconin
Source : MGG


 


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