Plusieurs fois blessé au cours de 52 mois de campagne dans l’infanterie, il tiendra tout au long de la guerre des carnets intimes où rien n’est censuré, publiés après sa mort sous le titre Quatre Années sur le Front.

Paul Tuffrau est né le 1er mai 1887, dans une famille de propriétaires vignerons bordelais.

Il grandit dans le Sud-Ouest, avant de monter à Paris préparer le concours de l’École normale supérieure, dans la khâgne du lycée Louis-le-Grand.

Il entre à l’École normale en 1908.

Agrégé de lettres en 1911, il commence à enseigner et fréquente un milieu de jeunes intellectuels, parmi lesquels Romain Rolland.

En août 1912, à l’issue de son service militaire, il épouse Andrée Lavieille, artiste peintre.

La guerre le trouve prêt.

Source : Collection Raymond Pezant

Il est mobilisé en 1914 comme sous-lieutenant, à la tête d’une section de mitrailleuses du 246e régiment d’infanterie de Réserve de Fontainebleau.

En avril 1916, il passe capitaine, puis chef de bataillon au 208e RI en octobre.

Plusieurs fois blessé, il fait en tout 52 mois de campagne dans l’infanterie comme officier de troupe.

Il recevra, le visage bandé, la Légion d’honneur sur le front des troupes.

Il terminera la guerre Croix de Guerre, chef de bataillon dans l’armée du général Mangin, et achèvera l’année 1918 comme commandant de place à Sarrelouis.

Remarqué par le général Mangin pour ses qualités de chef, il refusera d’être rattaché à l’état-major et demeurera sur le front, avec ses hommes, jusqu’à la fin de la guerre.

Tout au long de ces quatre années, sa plume ne s’arrête pas.

Il envoie régulièrement des articles au quotidien Le Journal, sous le pseudonyme de Lieutenant E.R., qui seront édités en 1917 par Payot sous le nom de Carnet d’un Combattant.

Mais il tient aussi des carnets intimes, bien plus libres, où rien n’est censuré.

Acteur réfléchi, observateur lucide, il y décrit la fièvre de la mobilisation, les terribles batailles où il se trouve engagé — dans les secteurs de la Marne, de Soissons, en Artois, à Verdun, au Chemin des Dames — et la dure vie des tranchées.

Malgré le feu des balles, des obus et des grenades, il reste sensible à la douceur du printemps, au charme des villages traversés.

Ces carnets seront publiés après sa mort, en 1998, sous le titre 1914-1918 — Quatre Années sur le Front. Carnets d’un Combattant.

De retour de la guerre, il rejoint à Vendôme, où il était professeur jusqu’en 1914, sa femme, artiste peintre.

Il est alors nommé au lycée de Chartres, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris, comme professeur de khâgne, enfin à l’École polytechnique.

Il y tiendra pendant trente ans la chaire d’histoire et de littérature, laissant un souvenir impérissable à des générations d’élèves.

Écrivain autant que pédagogue, il consacre aussi une part importante de son œuvre à la littérature médiévale, adaptant notamment La Légende de Guillaume d’Orange et les grandes chansons de geste françaises.

Commandeur de la Légion d’honneur, Paul Tuffrau meurt le 16 mai 1973