Un quai de gare, un matin d’août 1914. Un train ralentit, s’immobilise dans un souffle de vapeur. Les portes s’ouvrent sur des uniformes couverts de poussière, des brancards, des visages épuisés. Sur le quai, parmi les infirmières qui s’avancent, une jeune femme de 23 ans observe tout. Elle s’appelle Josèphe Roussel-Lépine. Et ce qu’elle voit ce jour-là, elle va nous le raconter.

En août 1914, la guerre vient à peine de commencer. Josèphe vit à Meaux, une ville qui va bientôt se retrouver sur la route de l’avancée allemande. Son mari, Georges Lépine, est sous-officier. Il ne reviendra pas : il tombe au front le 25 septembre 1915.

Elle, qui écrira sous le nom de José Roussel-Lépine, s’engage comme infirmière volontaire. Les Archives départementales de Seine-et-Marne attestent cet engagement — et conservent aujourd’hui le livre qu’elle en a tiré.

Son témoignage nous plonge dans l’un des lieux les plus singuliers de Meaux durant ces premières semaines du conflit : l’ambulance installée à la gare. Les trains y déversent des soldats blessés que médecins, infirmières et volontaires doivent accueillir, nourrir, panser — et parfois simplement réconforter avant leur départ.

Josèphe n’oublie rien : les préparatifs fébriles, l’arrivée des convois, les brancards, les blessures, mais aussi les attitudes des infirmières et les réactions des habitants. Elle raconte notamment l’arrivée d’un deuxième train de blessés, le 16 août 1914. Prévenu à l’avance, le personnel se rassemble, l’infirmerie se remplit. Et derrière les gestes presque ordinaires de l’organisation, la violence du conflit affleure, peu à peu.

De cette expérience naît Une ambulance de gare. Croquis des premiers jours de guerre (août 1914). Le texte paraît en 1916 dans la prestigieuse Revue des Deux Mondes, avant d’être publié chez Plon.

Attention toutefois : il ne s’agit pas d’un journal tenu au jour le jour. Josèphe écrit deux ans après les événements et donne à ses souvenirs une véritable forme littéraire. Elle reconstruit des scènes, fait revivre des conversations, compose des portraits parfois mordants. À l’historien, donc, de distinguer les faits vérifiables de leur mise en récit. Mais le cadre général est solide : Josèphe Roussel-Lépine a bien existé, elle vivait à Meaux, et son activité d’infirmière volontaire est documentée.

Josèphe ne s’arrête pas là. En 1919, elle publie chez Plon-Nourrit un second ouvrage, Les Champs de l’Ourcq. Atmosphère, la bataille, en souvenir, consacré cette fois à la bataille qui s’est jouée aux portes de Meaux en septembre 1914. Le prolongement naturel de son témoignage : après le quai de la gare, les champs de bataille. Réédité en 1982 par les Presses du Village, ce livre fait toujours référence sur les combats de l’Ourcq.